Prof. Bily Bolakonga sur la situation d’Uvira : « Actuellement, il est impérieux de mettre en place un comité de gestion de crise »

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Prof Bily Bolakonga

Spécialiste en gestion des risques naturels, Prof. Bily Bolakonga fait des propositions concrètes pour répondre aux inondations principalement d’Uviraau Sud-Kivu. Dans un einterview à bâton rompu, il présente les causes, conséquences et comment prendre en charge les sinistrés. L’équipe du gouvernement qui est descendu sur terrain, devrait évaluer, conjointement avec les acteurs de terrain, la situation sur place.

Actuellement, il est impérieux de mettre en place un comité de crise. Ledit comité serait composé du gouvernement central et provincial du Sud-Kivu ; du territoire et la ville d’Uvira ; l’ensemble des acteurs humanitaires ainsi que la société civile.

Lisez l’intégralité de l’interview dans les lignes qui suivent :

sveinmediab.info : vous êtes expert en gestion des catastrophes. Quelle lecture faites-vous des dernières pluies ayant causé mort d’hommes et des dégâts matériels important à Uvira ?

Prof. Bily Bolakonga : Je me joins au Dr. Denis Mukwege et à d’autres personnalités pour exprimer ma plus sincère compassion  à la population d’Uvira en ce moment de dure épreuve.

Ces pluies torrentielles qui ont causé des inondations, sont à placer dans le compte des dérèglements climatiques que connait la planète. Elles sont consécutives à d’importante anthropisation de l’environnement par la perturbation des écosystèmes naturels, de l’urbanisation désordonnée et du mauvais lotissement.

Pour Uvira, il s’agit de la fusion de deux types d’inondation à savoir: (1) l’inondation par crues torrentielles qui est assez courante en zone montagneuse. (2) l’inondation par débordement direct à la suite des pluies de forte intensité qui, finalement, font sortir les cours d’eau des lits mineurs pour occuper les lits majeurs. Néanmoins, les inondations représentent plus d’un quart de grandes catastrophes naturelles dans le monde et font souvent de nombreuses victimes. Face aux catastrophes naturelles en général, les sorts et la vulnérabilité des uns et des autres sont très inégaux  surtout en termes de pertes en vies humaines. Les riches ont généralement une meilleure résilience que les pauvres; les jeunes que les vieux, les hommes que les femmes. Mieux, une contrée est préparée, moins elle enregistre des morts. Dans le cas de figure, il est indéniable que non seulement, Uvira n’est pas préparée de manière infrastructure. La ville ne dispose ni d’un système d’alerte précoce et encore moins d’un système d’information pour sa population. D’où l’important dégât dont le bilan risque de s’alourdir au fil du temps.

Sveinmediab.info : une équipe du Gouvernement est diligenté pour secourir les victimes. Que peuvent être les priorités selon vous ?

Prof Bily Bolakonga

Prof. Bily Bolakonga : il est important que l’équipe évalue, conjointement avec les acteurs de terrain, la situation sur place. Ceci doit se faire avec la plus grande célérité car la survie de nos concitoyens est en jeu. J’insiste que cette équipe doit s’appuyer sur les acteurs présents à Uvira, afin de les doter des moyens d’action pour répondre de manière idoine, aux besoins réels des victimes de cette catastrophe.

Ce qui est classique, dans un premier temps, c’est de trouver des abris, des médicaments de première urgence, des aliments qui tiennent compte du régime alimentaire de la population sinistrée. Il faudra, éviter de l’aide alimentaire qui aurait trop duré en stock et qui nécessiteraient de longues cuissons. Car elles sont très consommatrices de bois de chauffe. Ce qui aurait pour effet de contribuer à aggraver la déforestation. Il faut plutôt privilégier l’achat des vivres de bonne qualité dans la région afin de favoriser les producteurs locaux du Kivu. Au lieu de les soumettre à une concurrence déloyale qui découlerait de l’importation d’une aide alimentaire qui va inonder le marché local à bas prix.

Sveinmediab.info : plusieurs défis sont à relever à Uvira. Que faire pour que pareille situation ne se répète?

Prof Billy Kisangani: A l’heure actuelle, il est impérieux que le gouvernement central, la province du Sud-Kivu, le territoire et la ville d’Uvira, l’ensemble des acteurs humanitaires ainsi que la société civile mettent en place un comité de crise. Cela, pour la coordination des actions à mener et la mitigation des dommages déjà occasionnés sur la population sinistrée. Ce comité devra entre autres être à l’avant-garde d’éventuelles autres crises qui pourraient survenir dans la région. Il s’agit notamment du choléra et d’autres maladies d’origine hydrique, l’insécurité alimentaire à court et le moyen terme.

Prof Bily Bolakonga

Mais il faut veiller à l’épineuse question de la pandémie du Coronavirus.

Pour Uvira, la gestion post-crise doit s’inscrire dans une logique de reprise et de développement. Question de tirer les leçons de la présente crise avant d’envisager l’amélioration des conditions générales de vie afin d’éviter qu’à l’avenir l’on ait à déplorer d’autres pertes. Il s’agit entre autres :

– d’une urbanisation intelligente de cette agglomération et bien d’autres dans la région. Cette urbanisation doit respecter les codes de sécurité assortis des plans cohérents d’écoulement des eaux, avec des ouvrages de canalisation et de diversion adaptés à sa pluviométrie;

– d’un bon lotissement qui respecte les allocations des terres et qui veille à  l’utilisation intelligente des plaines inondables sur lesquelles, par exemple, aucune construction ne devrait plus jamais être effectuée ;

– de la mise au point d’un programme d’information et d’éducation de la population au respect des écosystèmes naturels et de l’environnement en général ;

– d’un programme sérieux de végétalisation de la ville d’Uvira et de la région toute entière ;

– de la mise en place d’un système d’alerte précoce, de suivi météorologique. Question de permettre à la région de disposer des séries chronologiques des données climatiques de  plusieurs années. Le but est de prévoir des événements extrêmes et estimer les périodes des retours des inondations.

Sveinmediab.info : avril est un mois pluvieux dans pratiquement toutes les provinces de la RDC. Que devrait faire le Gouvernement et la population pour éviter les inondations qui tuent et laissent des sans-abris ?

Prof. Bily B: Au niveau national ou régional, j’estime que la question des catastrophes naturelles doit faire partie de l’algèbre politique de toutes les provinces de la RDC ou de la sous-région (Grands lacs, SADC, Afrique centrale, etc.). Par exemple, chaque province devrait se doter d’un cadre analytique clair qui identifie les probables risques qu’elle encourt. Il faut les cartographier et en y adjoindre un plan opérationnel d’urgence précis et concret assorti d’une matrice des scénarios. Ce qui permettra soit d’éviter la survenue de certains risques naturels évitables, soit de s’y préparer convenablement pour ce qui est inévitable. Soit d’y faire face en mitigeant les éventuels dégâts parce que ces provinces  seraient relativement bien outillées. Soit s’y adapter et d’assurer de mieux préparer la reprise et le développement des espaces sinistrés.

Propos recueillis par Imani

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