Chrysostome Nkoumbi sur l’E-administration : « il y a nécessité pour la RDC de disposer d’un cadre stratégique pour la digitalisation »

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Chrysostome Nkoumbi, président de « afrik@cybersécurité »

Le président de « afrik@cybersécurité » a participé à l’atelier de la revue globale de la réforme de la fonction publique à Kinshasa. Dans un entretien à bâton rompu avec votre site d’information, Chrysostome Nkoumbi, il parle de « E-administration». Il explique les préalables pour la RDC de disposer d’une digitalisation.

Pour lui, il y a nécessité pour le pays de disposer d’un cadre stratégique pour cette nouvelle technologie.

Aussi, fait-il savoir qu’il ne faut pas confier sa sécurité aux gens qui sont de l’extérieur. Ce, au risque de mettre en mal la souveraineté nationale.

Ci-dessous l’intégralité de cet entretien :    

Sveinmediab.info : vous avez participé à l’atelier de la revue global de la réforme et modernisation de la fonction publique. Vous êtes intervenu sur comment promouvoir l’E-administration. C’est quoi le « E-administration » ?

Chrysostome Nkoumbi : Le « E-administration » c’est quand on incorpore le digital dans l’administration. C’est-à-dire aller au-delà de l’informatique. Il y a d’abord l’informatisation de toutes les procédures qui concourent aux activités de l’administration en y ajoutant le digital. Il s’agit de la possibilité qu’on peut donner d’avoir des services à travers le téléphone portable par exemple tel que l’E-banking.

Sveinmediab.info : quels sont les préalables pour y arriver ?

Chrysostome Nkoumbi : C’est simple ! Par exemple, lorsqu’on veut construire une maison. Soit on la construit comme un château de sable. Et dès que la première vague arrive, elle emporte avec elle ce qu’on a construit. Soit, on y va de manière beaucoup plus intelligente. En ce moment-là, on commence d’abord par s’assurer de la présence du cadre nécessaire. Il faut qu’il y ait des hommes formés puis tout le paquet législatif règlementaire pour  encadrer l’utilisation de leur technologie.

Comprendre « E-administration »
« E-administration »

Sveinmediab.info : quels sont les difficultés que peut rencontrer la RDC pour atteindre le « E-administration »?

Chrysostome Nkoumbi : c’est la maitrise de toutes ces nouvelles technologies. Mais, cette difficulté est palliée par la mise en place d’une politique au niveau national. Cette dernière va définir les modalités, tout ce qui concourt à la bonne réalisation de « E-administration ». Au niveau de l’atelier, on a insisté sur cette nécessité de l’Etat congolais de disposer d’un cadre stratégique pour lui permettre d’accompagner la numérisation.

Sveinmediab.info : ne pensez-vous pas que l’E-administration va réduire le nombre d’emploi qui est en déficit en DRC ?

Chrysostome Nkoumbi : La RDC n’a pas un déficit d’emploi, mais plutôt un déficit sur sa vision à long terme. Puisque le numérique permet de sélectionner les emplois à valeur ajoutée. Vu cet angle, la digitalisation de la fonction publique ou la numérisation ne peut pas réduire les emplois. Au contraire, elle permettra d’en créer. Et mieux, au mieux, créer de la valeur bénéfique pour le développement du pays. Par exemple, des jeunes filles qui balayent dans un hôtel. Avec la numérisation, au lieu qu’elles balayent, on peut utiliser les robots. Bien sûr qu’elles n’auraient plus ce boulot, mais elles seraient utilisées pour la formation d’un nouveau métier qui leur assurera un avenir beaucoup plus viable. Dans ce sens, il n’y a pas destruction d’emplois, bien au contraire il y a création de valeur.

Sveinmediab.info : En quoi pouvez-vous être utile à la RDC ?

Chrysostome Nkoumbi : Je suis utile pour la RDC comme pour les autres pays dans ce sens que j’ai appris, et connais comment accompagner les populations vers la numérisation. On ne peut pas faire la digitalisation sans la sécurité. Or, on ne peut pas confier sa sécurité aux gens qui sont de l’extérieur. Or, moi j’ai appris la méthode. Et cette méthode s’appuie sur les hommes. Donc, la capacité à diriger les hommes, à transférer les compétences.

Donc, moi j’agis dans ce sens.  Et comme on n’est pas nombreux en ce cas de figure, très modestement, je suis prêt à travailler pour la RDC.  Pareillement, je peux accompagner l’Afrique vers cette nouvelle thématique.

Sveinmediab.info : Pourquoi la RDC devrait-elle vous faire confiance ? Êtes-vous Dieu ?

Chrysostome Nkoumbi : Lorsqu’on parle de confiance, pour moi cela n’existe pas. Puisqu’il s’agit d’un cadre qu’il faut mettre et toutes les parties s’engagent à les respecter. Ceux qui ont étudié la mécanique comprennent bien comment cela se passe et d’autres qui appliquent. Or, moi je suis de ceux qui ont appris. Je pense que la vie n’a de sens que si on peut transmettre. Donc, je transmets beaucoup plus les capacités. J’apprends comment arriver à une société digitalisée et bien sécurisée en tenant compte des meilleures pratiques. Je suis originaire du Congo et j’ai confiance en la jeunesse, à la nouvelle génération. Pour moi le problème ne se pose pas !

Ce n’est pas qu’on me fasse confiance, mais plutôt que le pays mette en place un cadre qui permette à chacun de s’exprimer tout en donnant le meilleur. Est-ce que la RDC est prête à mettre en place ce cadre de confiance ? Je dirai oui. Puisqu’on a la volonté et le courage politique. En ce moment-là, c’est toute la société qui doit y aller. Il appartient à l’Etat de mettre en place le cadre nécessaire pour développer cette nouvelle manière de faire.

Sveinmediab.info : l’E-administration ne va-t-elle pas beaucoup coûter à l’Etat congolais ?

Chrysostome Nkoumbi : Non, la digitalisation ne va pas coûter cher à la RDC. C’est un processus ! Et en bénéficiant de ce qui a déjà était fait où on ne va pas recréer l’eau chaude. C’est de manière progressive, en fixant les priorités. Mais, le pays aura tout à gagner. Car, la digitalisation permet de faire des économies à grande échelle. C’est un investissement dans lequel il faut y aller. Le retour sur son investissement est là, si on applique les bonnes pratiques. Par contre, le fait de ne pas y aller coûterait extrêmement cher tant du point de vue financier qu’humain. Parce qu’on va accumuler beaucoup de retard qu’on ne rattrapera plus jamais. En ce moment-là, on aura à subir la transformation digitale. Ce qui sera pire que pendant l’esclavage.

Sveinmediab.info : Concrètement, par quoi la RDC devrait-elle commencer pour digitaliser son administration publique ?

Chrysostome Nkoumbi : Dans un premier temps, il faut rassembler tout ce qui a été fait jusqu’à présent. Après, il faudra redéfinir les priorités de manière efficiente et aller à l’action. Or, le Président de la République a validé le plan national du numérique. Il a mis en place le conseil présidentiel du digital. Donc, au niveau du sommet, il y a une prise de conscience qu’il faut transposer au niveau de la population. Et là, c’est un travail de tout le monde, en particulier la société civile. En mon sens, il faut y aller maintenant. Si non, il faudra encore attendre peut-être 25 ans.

Propos recueillis par Judith Asina   

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